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1eravril 08
Triage : le dilemme humanitaire du Dr. Orbinski
Face à la famine et aux génocides le médecin humanitaire est appelé à faire des choix stratégiques dans une situation d’insécurité importante. Mais derrière le médecin qui doit choisir qui soigner, qui laisser mourir ou vivre comment réagit l’homme contraint de vivre avec de tels choix ?. Diffusé dans le cadre du 6eFestival International du Film des Droits de l’Homme, Triage : le dilemme humanitaire du Dr. Orbinski suit l’ancien président de Médecins Sans Frontière (MSF) dans sa confrontation avec son passé.
Les tragédies humaines, le médecin et l’homme
Le Dr James Orbinski était médecin pour MSF en Somalie durant la plus grande famine du XXe siècle et au Rwanda durant le génocide. Ancien président de MSF, au nom de qui, il accepte en 1999 le prix Nobel de la paix, il travaille actuellement pour Dignitas, organisation dont il est le co-fondateur et qui travaille sur le SIDA en Afrique.
Hanté par des choix qu’il ne pouvait éviter, par le souvenir de la barbarie humaine et des scènes traumatisantes, Dr Orbinski rédige aujourd’hui ses mémoires pour militer par son travail intellectuel et faire passer un message : « Il faut agir en humain responsable, respecter la dignité des autres y compris celles de nos ennemis ». Le documentaire signé Patrick Reed, suit le Dr Orbinski au Rwanda puis en Somalie, où il retourne 15 ans après ses missions pour MSF, pour « revoir avec des yeux neufs ce [qu’il a] vécu et l’honorer » et se rendre compte par lui-même de l’évolution des deux pays.
Ce documentaire très personnel éclaire le spectateur sur la difficulté pour l’humanitaire de se relever émotionnellement indemne de tels traumatismes. Le Dr Orbinski, dont le travail en Somalie comme au Rwanda est plus qu’admirable, apparaît comme un être déchiré entre sa vie actuelle et ses souvenirs tragiques. Le besoin de mettre des visages sur les personnes qu’il a sauvé, de se confronter à une nouvelle réalité est sûrement pour lui un moyen d’exorciser les démons qui le hantent aujourd’hui.
Triage : le dilemme humanitaire du Dr Orbinski donne une vision peut-être un peu trop héroïque et sacrificielle de l’humanitaire au risque de faire oublier qui étaient les réelles victimes des deux plus grands drames humanitaires du XXe siècle.
Travail humanitaire et politique, une limite floue
Fabrice Weissman, de la fondation MSF et Denis Maillard, ancien responsable de la communication chez MSF, ancien secrétaire général d’Aide Médicale Internationale (AMI), fondateur et membre du comité de rédaction de la revue Humanitaire éditée par Médecins du Monde, intervenaient après la projection du documentaire.
Fabrice Weissman :C’est un film très personnel sur le Dr James Orbinski. Il présente une image de sacrifice et de martyr, c’est une façon de vivre l’engagement humanitaire mais ce n’est pas la seule. On a la vision de l’humanitaire comme solution à l’échec de la politique mais, c’est une vision enchantée du monde et qui oublie les drames du monde.
Denis Maillard :J’ai l’impression qu’Orbinski cherche à mettre un visage sur des humains qui ont été déshumanisés. Il n’y a pas de solutions humanitaires aux drames humanitaires mais la politique en est une.
Il est vrai qu’à l’heure de la normalisation du travail humanitaire, le rôle des ONG est de plus en plus vu comme celui d’apporter des solutions à des situations mettant les droits, la vie et la sécurité de populations en péril. Bien que le travail humanitaire soit difficilement détachable de la politique, le rôle des humanitaires n’est pas d’apporter des solutions aux problèmes humanitaires mais des réponses temporaires qui doivent être relayées par une réelle proposition politique. Il est difficile de définir clairement à quel niveau se fait la limite entre travail humanitaire et politique. Un humanitaire devant traiter diplomatiquement avec des génocidaires pour protéger des populations civiles ne fait-il pas une action politique locale ? Pour autant est-il possible en restant sur un plan d’action humanitaire simple d’arriver à obtenir des résultats efficaces ?
Sur la question controversée de l’utilisation des corridors humanitaires permettant aux secours d’accéder aux populations en détresse en zone de conflit, projet évoqué par Mr Kouchner, Mr Weissman réagit sur la légitimité de tuer pour mener une mission de secours « le shoot to feed c’est un peu contradictoire. La guerre de civilisation devient l’humanitaire dans la bouche de Kouchner. Il faut des corridors négociés de manière pacifiste». La mise en place de corridors humanitaires n’est-il pas une décision politique ? Dès lors le politique servant l’humanitaire et l’humanitaire justifiant l’action d’Etat dans quelle mesure peut-on parler de dissociation entre le travail humanitaire, la politique et l’action de l’Etat ?