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Ici est ailleurs mais ailleurs est ici...

Elections à Sri Lanka, l'Angleterre perturbe le jeu

Publié le 11 Avril 2008 par Blanche in Divers

http://www.lecourant.info/spip.php?article1205

Publié le 11 avril 2008

 

Elections à Sri Lanka, l'Angleterre perturbe le jeu

 

Alors que des élections prétendues libres se tiennent pour élire un conseil provincial à l'est du pays, la Grande-Bretagne relâche Karuna, ancien chef de la faction Est des LTTE, engagé dans une lutte acharnée contre son ancien mouvement et soutenu par le gouvernement.

 

Des élections sous tensions

 

Samedi 10 mai s'est tenue dans la province Est de Sri Lanka l'élection d'un conseil provincial, le premier mis en place depuis 1988.

 

L'élection de ce conseil, dont les résultats ne sont pas encore connus, devrait permettre à la province de se remettre dans le chemin de la démocratie et de relancer le développement d'une zone fortement touchée par la guerre qui se déroule sur le territoire depuis près de trente ans et par le tsunami de 2004.

 

Plus d'un million d'électeurs ont pu se rendre dans les 1022 centres de votes de Trincomalee, Ampara et Batticaloa pour choisir parmi les quelques 1342 candidats qui concourraient pour les 35 sièges disponibles au sein du conseil. Une multitude de candidats représentants 18 partis politiques et 73 groupes indépendants, de quoi perdre l'électeur...

 

Bien que présentées comme des élections justes et libres permettant à la population locale de se sortir de l'impasse économique et humaine dans laquelle la guerre l'a plongée, les élections ne se sont pas déroulées sans heurts et ont été largement critiquées.

 

La fin de la période pré-électorale a été marquée par une paralysie de quelques heures du réseau ferroviaire jeudi 8 mai suite à la découverte d'un colis suspect, colis qui s'est avéré être un sac rempli de vieux vêtements... Vendredi soir, l'explosion d'une bombe dans un café très fréquenté d'Amparai a causé la mort de 11 personnes. La journée de scrutin a commencé sur une attaque des Black Tigers, commando suicide des LTTE, qui a coulé un navire de l'armée sri lankaise amarré dans le port de Trincomalee. Une ambiance plus que scabreuse qui aurait pu pousser certains citoyens à ne pas se rendre aux urnes.

 

La CAFFE, organisation de surveillance qui œuvre pour des élections démocratiques, annonçait la semaine dernière avoir reçu non loin de 38 plaintes concernant des violences liées aux élections. L'organisation qui avait -à juste titre- prévu une montée de violences dans la région a déployé des volontaires locaux formés au travail de surveillance et des unités de surveillance mobile sur les districts le jour des élections. Ce sont plus de 17 000 surveillants qui ont été chargés de mener à bien le déroulement du scrutin sur l'ensemble des bureaux de vote.

 

La réaction des partis politiques a également été sévère à l'égard de ces élections. L' UNP -United National Party- principal parti d'opposition et le SLMC -Ligue Musulmane Sri Lankaise- sont allés jusqu'à accuser le gouvernement de remettre la province par le biais des urnes aux mains d'un groupe armé, et ce malgré l'engagement annoncé de rétablir la démocratie. Ces accusations viennent après les protestations de l'UNP, de la SLMC et du JVP contre le réarmement paramilitaire qui serait en train d'avoir lieu dans la province orientale. En effet les élections qui s'étaient tenues en mars dans le district de Batticaloa avait été emportées par le parti du TMVP, parti proche de la faction Karuna qui avait fait scission en 2004 du mouvement des LTTE et qui est connu pour être soutenu par le gouvernement. De son côté le gouvernement de Rajapakse a tenu à écarter les questions relatives à la dangerosité de ce parti, parti tout de même accusé d'enlèvements et de mises à mort extrajudiciaires. Le président Rajapakse a également promis, lors d'un programme télévisé, aux villageois de la province qu'ils obtiendraient réponse à leurs aspirations. Aspirations dont on ne connait pas la teneur et qui peuvent aller de la reconstruction des zones sinistrées aux mêmes demandes que les Tigres et promesse que l'on peut imaginer comme difficile à mettre en œuvre.

 

A première vue, les élections du conseil provincial s'inscrivent dans la stratégie militaire du gouvernement contre les LTTE. La côte Est est censée être dégagée de l'emprise des Tigres et si les tamouls de la région arrivent à s'organiser au côté des musulmans, présents également dans la région, les chances de constituer une administration provinciale efficace seraient grandes. Cette administration pourrait alors reprendre en main le développement de la région tout en respectant la volonté de la population et sans emprise séparatiste ou gouvernementale. La zone nord de Jaffna resterait alors le dernier îlot de violence entre gouvernement et LTTE.


 

Karuna relâché, de quoi alimenter les craintes des politiques

 

Alors que le parti TMVP, dont Karuna est l'ancien président, a remporté les élections de Batticaloa en mars et que certains partis s'inquiètent d'une possibilité de reprise de la province Est par un groupe paramilitaire, le Royaume-Uni choisi de relâcher l'ancien rebelle Karuna, relaxe qui n'est pourtant pas liée aux élections et relève de la pure coïncidence mais également d'un très mauvais « timing ».

 

Karuna connu comme l'ancien numéro deux des LTTE et comme le chef de la faction Est a fait scission du mouvement en 2004 créant un mouvement indépendant, le TMVP largement soutenu par le gouvernement. Sa faction est tristement connue pour ses nombreux actes de violation des droits de l'Homme, violations dénoncées activement par UNICEF, HRW -Human Rights Watch- et Amnisty International. A son actif on ne compte plus les cas de torture, de kidnapping d'enfants pour en faire des soldats, d'assassinats... actes qu'il profère depuis son entrée dans les rangs des LTTE mais également depuis sa scission mais alors dans une autre optique, celle de la guerre contre les LTTE.

 

La Haute Commission Britannique a déclaré à Colombo que « le service d'accusation de la couronne avertissait le service de police métropolitain qu'il y avait une insuffisance de preuves pour fournir une perspective réaliste de condamnation de délits au Royaume Uni ». L'ancien Tigre Karuna Amman était emprisonné en Grande-Bretagne depuis novembre 2007 pour être entré sur le territoire avec un faux passeport. Suite à la déclaration du gouvernement britannique Amnisty International a demandé à la police britannique d'annoncer qu'elle apporterait une protection appropriée à tout témoin se signalant et ce de façon à ne pas perdre de témoignages par peur de représailles. Le HRW de son côté à indiqué qu'il espérait que de nouveaux témoins se présentent avant que Karuna ne quitte le pays et qu'il s'agissait de la part du gouvernement britannique d'une opportunité tragiquement manquée de traduire en justice un criminel bravant notoirement les droits de l'Homme. Jim Ross, avocat pour le HRW indique également que “ [Karuna] doit-il retourner à Sri Lanka, le gouvernement sera tenu de le poursuivre pour les crimes présumés tel que les enlèvements d'enfants ou les meurtres – il [le gouvernement sri lankais] n'a aucune excuse pour ne pas procéder ainsi”.

 

Bien qu'il n'y ait pas de rapport direct entre la tenue des élections à l'Est, le lien gouvernement-TMVP et la relaxe de Karuna, on peut se demander dans quelle mesure le gouvernement britannique aurait pu juger l'ex-séparatiste engagé dans une lutte contre son mouvement mère sans se mettre à dos l'ensemble du gouvernement sri lankais. Pour autant le choix stratégique de renvoyer Karuna sur le territoire sri lankais est-il le meilleur alors que le gouvernement britannique peut juger sur son territoire l'une des plus grandes menaces pour les droits de l'Homme à Sri Lanka, menace qui est alliée au gouvernement... D'autant qu'une coalition d'organisations de défense des droits de l'Homme

comprenant HRW, IFJ -Fédération Internationale des Journalistes-, Aticle 89 et RSF vient d'envoyer une demande aux états membres du Haut Commissariat aux Droits de l'Homme appelant à ne pas voter pour les candidats sri lankais lors de l'élection des nouveaux membres du commissariat devant se tenir le 21 mai 2008.

 

 

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