Etat d’urgence et répression au service de Musharraf
Le président du Pakistan, Pervez Musharraf, a décrété samedi 3 novembre l’état d’urgence et la suspension de la Constitution en invoquant la multiplication des attentats islamistes et le fait que « le système judiciaire paralysait différents organes de l'Etat et créait des blocages dans la lutte contre le terrorisme » (selon l'agence de presse officielle APP).
Ces décisions ont été prises au moment où la Cour Suprême devait se prononcer sur la validité de la réélection du président au suffrage indirect le 6 octobre 2007, considérée comme non-conforme à la Constitution par l’opposition. Le président de la Cour Suprême a été limogé et remplacé par un proche du Président Musharraf dans la journée de samedi. L’opposition affirme que le président cherche à conserver le pouvoir auquel il a accédé après un coup d’Etat en 1999.
La situation a pris aujourd’hui une tournure plus dramatique avec la répression violente de manifestations d’avocats contre l’état d’urgence. Manifestations durant lesquelles la police a chargé à coups de matraque et de gaz lacrymogène avant de procéder à des rafles. En trois jours près de 1.500 personnes, la plupart avocats, magistrats, responsables et militants de partis politiques, ont été arrêtées ou assignées à résidence. L’opposition annonce des chiffres allant de 2300 à 3500 personnes arrêtées. On compte dans les personnes assignées à résidence des magistrats ayant refusé de prêter serment au président après la proclamation de l’état d’urgent, comme le juge I.M. Chaudhry, ex-président de la Cour Suprême. Les avocats continuent a appelé à une grève nationale contre l’application de l’état d’urgence.
Sous la pression de la communauté internationale, qui envisage de réexaminer l’aide apporté au pays, le pouvoir a affirmé que les élections législatives prévues pour mi-janvier seraient maintenues. La secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice a signalé un possible retrait de l’aide américaine, qui s’élève à 11 milliards de dollars en 6 ans. Les Pays-Bas ont annoncé un gel de leur aide pour la fin 2007 et l’année 2008. Il serait en effet ennuyeux de maintenir un soutien à un chef militaire qui a pris le pouvoir par la force et qui suspend les droits fondamentaux.
http://www.lecourant.info/spip.php?article370
mardi 6 novembre 2007, parBlanche Mattern